Entre cahiers qui s’éternisent, soirées qui dérapent et peur de « ne pas en faire assez », les devoirs à la maison pèsent sur de nombreuses familles. Faut-il rester à côté de l’enfant, le laisser se débrouiller, corriger chaque erreur ou accepter les imperfections ? Sans mode d’emploi ni formation de pédagogue, beaucoup de parents se sentent démunis. Cet article propose de prendre un peu de recul sur cette réalité quotidienne, de redéfinir la place de chacun et d’esquisser quelques repères pour accompagner les devoirs sans les porter à la place de l’enfant.
Quand les devoirs deviennent lourds pour toute la famille
Si, chez vous, les devoirs se terminent régulièrement dans les soupirs, les tensions ou les larmes, vous êtes loin d’être seul. Beaucoup de parents décrivent la même scène :
- un enfant qui traîne, s’agace, « oublie » ses cahiers ;
- un parent fatigué de sa journée, qui essaie d’aider mais perd patience ;
- en toile de fond, la peur de l’échec scolaire : « Et s’il décroche ? Est-ce que j’en fais assez ? Est-ce que je m’y prends bien ? »
Avec le temps, certains soirs donnent l’impression de refaire toute la scolarité primaire à la maison, exercice après exercice. Et cette impression s’accompagne souvent d’un sentiment de culpabilité :
« Je ne sais pas expliquer comme la maîtresse. »
« Je ne suis pas assez disponible. »
« Je n’y comprends rien, je suis nul·le en maths / en français… »
Un point important mérite d’être posé clairement : il n’est pas attendu des parents qu’ils se transforment en enseignants à domicile. Il est normal de ne pas tout maîtriser, de ne pas se souvenir de chaque règle ou de ne pas savoir expliquer une notion comme un professionnel de l’éducation.
Le rôle des parents est différent, et il reste essentiel : créer un cadre suffisamment stable, soutenir l’effort, encourager, chercher des solutions lorsque les devoirs se transforment en mur plutôt qu’en marche. Rien que cela est déjà beaucoup, et c’est souvent largement sous-estimé.

Tous les parents ne sont pas pédagogues… et c’est normal
On parle souvent « d’accompagner les devoirs » comme si chacun savait spontanément :
- expliquer une fraction ;
- corriger une rédaction ;
- réviser une leçon d’histoire ;
- apaiser une crise d’angoisse avant une évaluation.
Dans la réalité :
- certains parents gardent un souvenir difficile de leur propre scolarité ;
- d’autres ne se sentent pas à l’aise dans certaines matières (mathématiques, orthographe, langues étrangères, etc.) ;
- beaucoup ont tout simplement oublié les méthodes ou les programmes actuels.
Tout cela est parfaitement normal. Ne pas être capable de répondre à toutes les questions de son enfant ne fait pas de quelqu’un un « mauvais parent ».
Ce qui est apporté à l’enfant est d’un autre ordre :
- une connaissance fine de ses peurs, de ses forces, de ses moments de fatigue ;
- une aide pour organiser son travail, planifier, faire une pause quand il sature ;
- la capacité à chercher avec lui des ressources et des appuis : une autre explication, un schéma, une vidéo, un jeu, un échange avec l’enseignant.
L’enjeu n’est pas de renoncer en disant « je ne sais pas », mais de passer de :
« Je dois tout expliquer et tout corriger »
à
« Je n’ai pas toutes les réponses, mais je peux aider à les trouver. »
Cette bascule, à elle seule, peut déjà alléger beaucoup de pression.
Trouver sa juste place : accompagner sans se substituer
Entre « laisser l’enfant se débrouiller » et « faire à sa place », il existe un espace d’accompagnement qui n’a rien d’une recette unique. Dans cet espace, un parent peut relire une consigne, rappeler une méthode, proposer un exemple similaire, vérifier que tout le matériel est là, encourager l’enfant à se mettre au travail… mais ce sont bien les mains et la pensée de l’enfant qui écrivent, cherchent, essaient.
Un repère simple peut aider :
« J’aide à ouvrir la porte, mais c’est lui ou elle qui la franchit. »
Cette juste place ne sera pas la même pour tous. Certains enfants travaillent volontiers seuls et n’acceptent qu’une relecture rapide ; d’autres ont besoin de savoir que l’adulte est proche, même silencieux ; d’autres encore demandent un accompagnement plus serré, au moins pour démarrer.
Plutôt que de chercher une manière « idéale » de faire les devoirs, il peut être plus réaliste de se demander :
- Quelle durée est supportable pour notre famille, ce soir, compte tenu de la fatigue de chacun ?
- À quel moment de la journée mon enfant est-il le plus disponible ?
- Quelles sont les règles simples que nous pouvons garder (on essaie, on se relit, on a le droit de se tromper) sans transformer chaque exercice en épreuve ?
Les réponses varieront d’un foyer à l’autre, et c’est précisément ce qui fait sens : l’accompagnement des devoirs se construit dans le temps, par ajustements successifs, plutôt que sur un modèle parfait.
Changer de point d’appui quand le cahier ne suffit plus

Même avec toute la bonne volonté du monde, il arrive que le cahier ne suffise pas : la notion ne « rentre » pas, la fatigue est là, la tension monte. Dans ces moments-là, il est possible de changer de point d’appui plutôt que de s’acharner : reprendre une explication plus simple, faire une vraie pause, noter ce qui bloque pour en parler avec l’enseignant, ou passer par d’autres supports.
Jeux de nombres, de lettres ou de logique, activités « feuille-crayon » plus légères, supports numériques utilisés de manière ciblée, petites situations de la vie quotidienne (cuisine, courses, trajets…) : il existe de nombreuses manières de retravailler une idée sous un autre angle, sans ajouter de pression.
L’essentiel est de garder en tête que l’accompagnement des devoirs n’a pas vocation à être parfait. Il s’ajuste, se cherche, se réajuste au fil des années, des enfants, des soirs plus calmes ou plus difficiles. Derrière chaque exercice, il y a aussi un message que l’enfant reçoit :
« Tu n’es pas seul face à tout cela, mais c’est ton chemin d’élève, et nous sommes là pour t’aider à le parcourir, pas pour marcher à ta place. »
Devoirs à la maison : utiles, nécessaires, indispensables ?
En filigrane, une autre question apparaît souvent chez les parents : quelle place les devoirs devraient-ils vraiment occuper dans la vie d’un enfant et dans le quotidien d’une famille ? Les devoirs sont-ils réellement utiles pour apprendre, ou ajoutent-ils surtout une couche de stress en fin de journée ? Sont-ils nécessaires pour vérifier que la leçon est comprise, ou cette vérification devrait-elle se faire essentiellement en classe ? Faut-il en donner tous les jours, un peu, beaucoup, pas du tout ?
À partir de quel moment la quantité devient-elle excessive, au regard de l’âge de l’enfant, de sa fatigue, de ses autres activités, de son besoin de jeu libre et de repos ? Et que faire lorsque les devoirs empiètent sur le sommeil, le temps en famille, ou sur la simple possibilité de souffler après l’école ?
Ces questions sont légitimes. Elles ne trouvent pas toujours de réponse simple, mais elles invitent à réfléchir au sens que l’on donne à ces temps de travail à la maison. Et, déjà, le fait de pouvoir les formuler, se rendre compte que d’autres parents se les posent aussi, peut aider à se sentir moins seul face au fameux « cahier du soir ».

